Le 1er novembre 1950 le pape Pie XII définissait le dogme de l’Assomption en ces termes : «… nous affirmons, nous déclarons et définissons comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée, Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été prise en son corps et en son âme dans la gloire céleste1 ».

Dans la formulation de ce dogme, Marie est désignée par les titres de « l’Immaculée, la Mère de Dieu, Marie toujours Vierge » (ou la Vierge). C’est dire que l’Assomption est « comme le couronnement suprême (des) privilèges » de la Bienheureuse Vierge Marie.

A l’Assomption, « la Mère très sainte de Dieu, (est) élevée par la grâce de Dieu, après son Fils, au-dessus de tous les anges et les hommes2 ». Marie est le chef-d’œuvre de la grâce de Dieu, elle est la Pleine-de-grâce, la Comblée-de-béatitude, la « Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles » (Ap 12, 1). Marie qui a été préservée de tout péché, dans toute sa personne, corps et âme, n’a pas été retenue dans les liens de la mort. Indissolublement unie à son fils Jésus sur la terre, Marie est aussi indissolublement et perpétuellement unie, en son corps et en âme, à son fils Jésus dans la gloire du ciel.

En contemplant aujourd’hui Marie dans la gloire du ciel, résonne en nos cœurs comme une hymne « la salutation par laquelle Élisabeth la proclamait bienheureuse3 » : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni… Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 42.45). Aujourd’hui, nous contemplons Marie toute radieuse dans la gloire de son Fils Jésus.

Elle est entrée au ciel, merveilleusement vêtue d’étoffes d’or de la gloire divine (cf Ps 44, 14), et nous, enthousiasmés, nous chantons avec elle sa propre béatitude : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! » Élevée dans l’ordre de la grâce, elle resplendit de beauté et de pureté intérieure. Marie est « la beauté » par excellence. Elle est la « Toute Belle » ; belle de la seule grâce de Dieu. L’Assomption « est le triomphe de la seule grâce de Dieu » en Marie. En contemplant Marie la « Toute Belle » dans la gloire du ciel, ornons nos cœurs, nos âmes et nos vies de la beauté resplendissante que donne la grâce de Dieu.

A l’Assomption, Marie est le grand signe que nous contemplons dans le ciel. Mais sa gloire est une victoire pascale, parce qu’elle est aussi« (la femme) enceinte, qui crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement » (Ap 12, 2). La Première Lecture de cette Solennité, tirée du Livre de l’Apocalypse, nous présente le couple Fils et Femme qui devra affronter le grand dragon, rouge-feu (le démon) et le vaincre avec la force de l’amour. Nous voyons dans le Fils enfanté par la Femme le Christ, qui est l’Agneau qui a vaincu en acceptant d’être immolé sur la croix. Nous voyons aussi dans la femme la figure de la vierge Marie. Avec son Fils Jésus, elle est aussi victorieuse en acceptant d’être transpercée par la lance de la croix. La Mère de l’Agneau immolé est la femme qui affronte la douleur pour devenir la Mère d’une multitude de fils, et en acceptant les douleurs de l’enfantement, elle devient la Mère des douleurs à la croix. Mais à l’Assomption elle est aussi la Mère victorieuse et glorieuse. Si donc l’Agneau pascal, l’Agneau transpercé est assis sur le trône de gloire, la femme transpercée par les douleurs de l’enfantement à la croix participe désormais à la gloire de son Fils.

La fête de l’Assomption nous rappelle alors que la vie chrétienne est une vie de sainteté, et donc un combat permanent de la foi, un combat spirituel, une lutte contre le péché et le mal sous toutes ses formes. Le triomphe de Marie comme la Vierge Immaculée rappelle à toute l’humanité qu’il n’y a qu’une seule chose qui pollue l’homme : c’est le péché. Un message plus que jamais urgent à proposer à notre monde, qui a perdu le sens de Dieu et du péché. Le monde d’aujourd’hui ne veut même plus en parler. Le monde a peur aujourd’hui de la pandémie du coronavirus, – qui nous tenterait de confiner Dieu -, mais il n’a pas peur du péché qui le gangrène. La narcose provoquée par la perte du sens de Dieu et du péché fait sombrer les consciences dans une anesthésie spirituelle, dans un esclavage matériel et spirituel bien doré au profit de Satan.

Nous vivons, par ailleurs, dans une société économico-commerciale de consommation qui réduit l’homme à son ventre et à la matérialité de son corps. « Leur dieu, c’est leur ventre… ils ne pensent qu’aux choses de la terre » (Ph 3, 19), dit l’apôtre Paul à l’endroit de ceux qui « se conduisent en ennemis de la croix du Christ » (Ph 3, 18). Alors, en contemplant la Vierge Marie dans la gloire du ciel, « demeurons attentifs aux choses d’en haut pour obtenir de partager la gloire » de la vierge Marie (cf. Prière d’ouverture de la fête de l’Assomption). L’homme ne trouve pas son accomplissement dans ce qui est terrestre : même s’il est terrestre, il est pour le ciel. Ne vivons donc pas comme si nous n’étions que terreux et pour la terre. Vivons sur terre en citoyens du Ciel.

La fête de l’Assomption de la Vierge Marie nous invite donc à prendre de la hauteur par rapport à la mondanité terrestre pour nous ouvrir totalement à Dieu et à l’écoute obéissante de sa Parole, comme Marie l’a fait : « Voici la servant du Seigneur ». Marie a eu une relation particulière, unique avec la Parole de Dieu. Elle est la seule à avoir porté Dieu dans son sein : elle le premier tabernacle de l’histoire. Selon saint Augustin, Marie est plus grande par sa foi que par sa maternité. La Vierge Marie est pour nous un modèle de foi, en la fêtant aujourd’hui, imitons donc sa foi. La foi est la boussole de la vie sur les vagues de la mer de notre monde violemment ballottée par le vent mortifère de la Covid-19. Sans la boussole de la foi on risque d’errer sans jamais arriver au port de la vraie vie.

Marie Notre Dame de l’Assomption, Marie Notre Dame de la Délivrande… Avec de nombreux titres nous vénérons la Bienheureuse Vierge Marie. Et chaque titre que nous lui donnons indique sa protection particulière, son enseignement particulier, son rôle particulier dans notre vie chrétienne. C’est dire que dans la multiplicité de nos situations, de nos besoins et de nos espérances, nous nous tournons toujours avec confiance vers Marie, Reine du ciel. Alors en cette période de pandémie du coronavirus, regardons le ciel avec foi et confiance où Marie « brille devant (nous) comme signe d’espérance assurée et de consolation4 ». Elle est la « Mère de l’espérance ». Sûrs de sa prière puissante et irrésistible sur le cœur de son fils Jésus, prions-la avec confiance inébranlable pour toutes nos nécessités, mais surtout de nous obtenir salut et consolation en cette période de pandémie.

L’Assomption de la Vierge Maire nous indique la vocation finale de l’Église et de chacun de nous. Comme le chante la Préface de cette fête, elle (Marie) est « parfaite image de l’Église à venir, aurore de l’Église triomphante ». La grâce de l’Assomption faite à Marie est notre espérance. Nous aussi nous serons totalement purifiés du péché et de toutes ses conséquences, quand Dieu sera tout en tous. La bonne nouvelle de l’Assomption, c’est la dignité de notre humanité promise à la résurrection dans le ciel. La résurrection finale de notre corps est le contenu même de l’espérance de cette fête : en « Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts », « tous recevront la vie » (1Co 15, 20.22).

Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers le règne de ton fils Jésus ! Étoile de la mer, brille sur nous, sur le Sénégal et sur le monde, et conduis-nous sur la route qui mène à la gloire du ciel. Amen. (cf. Benoit XVI, Lettre encyclique Spe Salvi, n° 50).

Abbé Camille Sène

Docteur en Théologie Dogmatique