Après plusieurs renvois, le procès en diffamation opposant le Pdg de Wari au journal ‘’Les Echos’’ s’est tenu hier devant la 2e chambre du tribunal correctionnel de Dakar.

Kabirou Mbodji réclame des dommages et intérêts de 50 millions de francs Cfa. La même somme est réclamée par les avocats des journalistes qui jugent la procédure abusive, non sans confirmer l’existence d’une procédure pour viol contre M. Mbodji.

Le président directeur général de Wari a initié une procédure en diffamation contre le journal ‘’Les Echos’’. L’affaire a été finalement jugée, hier, après plusieurs renvois. Mais l’on a semblé être dans un procès de viol dans lequel Kabirou Mbodji était prévenu. Même si ce dernier n’a pas comparu.

En effet, pour défendre les journalistes Cheikh Oumar Ndao et Alassane Dramé, les avocats de la défense n’ont pas hésité à évoquer la procédure qui a valu une citation à leurs clients. En fait, le patron de Wari s’est senti diffamé par le canard précité qui, dans deux numéros parus en mars dernier, a relaté les accusations de viol qui pèsent sur l’homme d’affaires. L’une de ses nièces l’a attrait devant la justice. Le journal expliquait que le dossier a été transmis au juge du 2e cabinet d’instruction et que les témoins ont enfoncé le suspect.

Hier, les prévenus ont plaidé non coupable, en confirmant leurs écrits basés, disent-ils, sur un procès-verbal. Ce que les conseils du plaignant ont tenté de nier. Mais ils ont été contredits par leurs confrères de la défense qui ont affirmé qu’il y a bel et bien une procédure pendante devant le juge du 2e cabinet d’instruction. Si ses autres confrères se sont contentés d’affirmer que la procédure existe bel et bien, Me Baboucar Cissé, lui, n’y est pas allé du dos de la cuillère pour donner les détails de ladite procédure. ‘’C’est moi l’avocat de la dame en question. Les faits se sont déroulés durant Noël. C’était dans la nuit du 24 au 25 décembre 2015, à 3 h du matin, à l’immeuble Axa’’, soutient Me Cissé.

Et de poursuivre : ‘’Kabirou Mbodji a été entendu à la Dic (Division des investigations criminelles) et il avait nié avoir connu la victime qui est en réalité sa nièce. C’est pourquoi les enquêteurs avaient demandé à la plaignante de faire une description détaillée des lieux et cela correspondait à leur transport.’’ Très en verve comme d’habitude, le défenseur ajoute que c’est au regard de ces éléments que le dossier a été transmis au parquet. Mais, s’empresse-t-il d’ajouter, ‘’bizarrement, on a mis le coude sur le dossier. Il a fallu que je fasse des démarches pour qu’il soit transmis devant le juge du 2e cabinet. Le juge Yakham Lèye a repoussé l’inculpation pour ne pas donner l’impression d’un acharnement, car il venait de l’inculper dans le cadre de la procédure contre ses associés’’.

Me Cissé soutient même avoir transmis au magistrat instructeur, mercredi dernier, un mail dans lequel la victime lance un cri du cœur pour dénoncer le non avancement de la procédure ainsi que l’impunité dont jouit son présumé violeur. ‘’Le slip et la robe que portaient ma cliente sont sous scellés’’, a asséné la robe noire avant d’être interrompu par Magatte Diop. Ce qui n’a pas empêché Me Cissé d’ajouter : ‘’Il tente de noyer le poisson. C’est le dossier qui a été exhumé et non les faits.’’

C’est justement ce que dénoncent les avocats de Kabirou Mbodji qui ont fustigé le fait que les articles soient publiés après l’acquisition de la licence de Tigo par Wari. ‘’Les faits datent de 2014, mais ils n’ont été publiés qu’en 2017. Les journalistes auraient pu avoir la perspicacité de savoir qu’une tentative de viol ne peut pas se dérouler dans ces conditions, car la scène décrite parait invraisemblable’’, a fulminé Me Boubacar Wade convaincu que le rédacteur et son directeur de publication étaient mus par une volonté de nuire. ‘’Il fallait casser Kabirou Mbodji en disant : ’Il a acheté Tigo, mais c’est un violeur.’ Ils ont porté atteinte à son honneur’’, a martelé la robe noire.

Son confrère, Me Serigne Babacar Camara, a abondé dans le même sens, en soutenant que ‘’les conséquences de l’article sont énormes, car Kabirou Mbodji a eu beaucoup de difficultés dans ses négociations avec les banques’’. Pour lui, la note de l’éditeur justifiant les raisons pour lesquelles l’article a été publié prouve que les journalistes sont coupables. ‘’Qui s’excuse, s’accuse. D’ailleurs, la note de l’éditeur, c’est pour mieux ferrer les lecteurs, susciter leur intérêt à lire et le choix du moment n’est pas innocent. On sait que Kabirou Mbodji n’a pas que des amis, mais des ennemis aussi’’, a renchéri Me Camara. Et sans le vouloir, il a conforté les prévenus, en laissant entendre qu’ils (les avocats de Kabirou) pensaient que la plainte était classée sans suite et que c’est à travers la presse qu’ils ont appris qu’il y avait instruction.

Chaque partie réclame 50 millions de francs Cfa

‘’Il y a bel et bien une plainte pendante devant les juridictions’’, a répliqué Me Baba Diop, avant de demander que les prévenus soient renvoyés des fins de la poursuite. Convaincu que le plaignant ‘’a été plus froissé par le moment que les écrits’’, Me Boubacar Dramé considère que leurs confrères ont fait des aveux, en déclarant que les fait remontent à 2014.

‘’C’est un aveu, car on ne classe pas des faits qui n’existent pas, qui n’ont pas fait l’objet d’une plainte’’, a-t-il soutenu. Avant de déclarer que les journalistes n’ont pas fait de commentaire sur la culpabilité de la partie civile, mais ils ont juste écrit que M. Mbodji a été traîné devant le juge du 2e cabinet pour tentative de viol. ‘’Trainer en justice est un terme prosaïque pour dire que quelqu’un a maille à partir avec la justice. En quoi cela est-il diffamatoire ? Cela ne veut pas dire qu’il est coupable’’, a renchéri Me Cheikh Ahmed Tidiane Ndiaye.

Son confrère, Me Ndéné Ndiaye, de le conforter en disant que ‘’Kabirou Mbodji a le sentiment d’être victime, mais il n’en est pas’’. Car, a-t-il argué, ‘’les journalistes ont relaté des faits qui existent, puisque la partie civile a comparu devant le juge le 18 mars 2017’’. Au regard de ces arguments, Me Cissé a plaidé la relaxe pure et simple, non sans réclamer des dommages et intérêts pour procédure abusive. ‘’Je réclame la même somme de 50 millions de francs Cfa qu’il a demandée’’.

L’affaire sera vidée le 25 janvier prochain.

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