LIMAMETTI.COM – L’ancien ministre de l’Energie, Thierno Alassane Sall, vient de publier   l’ouvrage intitulé : « Le protocole de l’Elysée » et paru  aux  éditions  « Fauves ».

Un livre de 500 pages  riches  en révélations sur la façon dont le pays est géré par les   régimes   de Abdoulaye Wade et de l’actuel Président Macky Sall. Le leader du parti « La République des Valeurs »  a révélé   dans   l’ouvrage l’implication de Macky Sall  et Aly Ngouille Ndiaye dans le « deal » avec l’homme d’affaires roumano-australien Frank Timis.  

L’ancien ministre de l’Energie parle de l’Etat du Sénégal. Après sa démission au ministère de l’Energie, Thierno Alassane Sall a jugé nécessaire de produire un ouvrage pour informer les Sénégalais de la façon dont leurs dirigeants gèrent la Cité. Un ouvrage qui sonne comme une alerte. Sans gants, il n’a pas hésité de montrer tous les tares et manigances que l’actuel   Président actuel Macky Sall fait contre son peuple pour s’enrichir et enrichir ses alliés et proches.

Les connexions au sommet de Frank Timis

Dans l’ouvrage, il a évoqué les  « connexions au sommet de Frank Timis mouillant l’actuel ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye. Il explique que le Président de la République est au cœur de l’affaire. « En août 2016, je me trouvais dans une profonde perplexité, à la lecture des quelques documents disponibles dans les archives du Ministère, lorsqu’un coup de tonnerre se produisit. Abdoul Mbaye, ancien Premier ministre, cosignataire des deux décrets d’approbation des contrats relatifs aux blocs de Cayar Offshore Profond et de Saint-Louis Offshore Profond, fit une déclaration sensationnelle. A l’en croire, il détenait des preuves que les deux rapports de présentation signés par Aly Ngouille Ndiaye pour motiver la signature des décrets d’approbation des CRPP recelaient des allégations intentionnellement fausses.

Les déclarations d’Abdoul Mbaye confortaient les certitudes qui naissaient progressivement en moi. Le Président Sall fut vivement affecté par les déclarations d’Abdoul Mbaye. », explique l’ancien ministre M. Sall.  Il souligne dans  l’ ouvrage que c’est à partir de ce moment, constatant ces irrégularités qu’il a pris la décision de saisir Macky Sall qui a fait le mort.  « (…)  C’est à partir de cet instant que je conçus l’idée d’adresser une lettre au président de la République pour demander le retrait de Petro-Tim. Désormais, une partie rude commençait. Dans l’immense brouhaha d’accusations et de rumeurs de toutes sortes provoqué par l’affaire Petro-Tim, je ne voyais pas le Président prendre le risque d’apporter des munitions à l’opinion publique en me dessaisissant du dossier. Or j’avais besoin de temps pour avoir le fin mot de l’histoire.

Mon premier objectif était de parvenir à récupérer le 30 % que détenait encore illégalement Timis. Je n’avais pas encore entendu parler du rapport de l’IGE ni vu la lettre de Tullow. Je ne disposais que du dossier incomplet (…). Pour débouter Timis, je devais prouver que la société n’avait pas engagé des ressources propres à ce stade de la recherche où des découvertes conséquentes avaient été faites et, n’entendait pas non plus le faire dans le futur. Il apparaissait en effet nettement que Frank Timis guettait le meilleur moment pour vendre au plus offrant les 30 % qu’il détenait encore. Les travaux avançaient, de nouveaux puits étaient forés avec succès, augmentant la valeur des parts dé- tenues par Timis Corp. Le bloc de Cayar, où des découvertes bien moins importantes que celles de Saint-Louis Offshore Profond avaient été faites durant l’année 2016, n’avait fini de révéler tout son potentiel.

(…) Dans l’immédiat, le retrait de ConocoPhillips affectait la poursuite des opérations de forage dans ce bloc où du pétrole avait été découvert en 2014. En effet, ConocoPhillips avait notifié sa cessation de participation à l’association, Woodside ne pouvait l’intégrer sans une approbation formelle par le ministre de l’énergie de l’accord de transaction. En conséquence, le financement des opérations en était affecté. Or, je ne pouvais approuver l’accord sans un éclairage juridique irréfutable qui me faisait défaut.

(…) Je rendais compte par des rapports circonstanciés au Président et au Premier ministre aussi bien qu’au Conseil des ministres. Ils manifestaient un intérêt modéré à ce dossier ; mes courriers n’ont eu aucun écho.

L’arrogance  de Timis

Ce déficit d’enthousiasme pour les opérations en cours dans le bloc de Sangomar et l’intérêt débordant que le Président manifestait sur les blocs COP et SLOP commencèrent à m’intriguer. » Il évoque l’arrogance avec laquelle Timis traitait les gens. «  (…) A plusieurs reprises le Président me transmit très nettement les alertes de Timis sur le double-jeu supposé de Kosmos. Au début, je prenais ces informations pour une invite à la vigilance. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin… A la longue, le comportement de Timis finit par m’agacer. Je me souviens d’une réplique de ma part à une des critiques de Frank Timis qui dédaignait s’adresser au ministère ou Petrosen à l’instar des autres : « il devrait venir m’exposer ses griefs s’il a des documents à l’appui »(…) J’appris ainsi, lors d’une audience que le Président avait accordée aux habituels responsables de Kosmos que des négociations exclusives avec Timis avaient été entamées à leur initiative. Timis Corporation Timis avait reçu de Kosmos une proposition financière substantielle en contrepartie des 30 % que la société détenait encore dans les deux blocs de Cayar Offshore Profond et de Saint-Louis Offshore Profond.

L’offre consistait en une partie fixe de cent (100) millions de dollars payables immédiatement et une partie variable sous forme de royalties. Les discussions avaient été rompues de manière abrupte par Frank Timis qui avait annoncé avoir reçu des propositions plus alléchantes d’une tierce partie. Ils déploraient les méthodes peu loyales de Timis Corp. qui n’avait pas observé le temps imparti à ces négociations exclusives et surtout, ouvrait de nouvelles discussions sur la base de l’offre de Kosmos pour obtenir plus de ces nouveaux pourparlers. L’arrivée éventuelle d’une autre compagnie dont les objectifs stratégiques pourraient ne pas s’aligner à ceux de Kosmos risquait de retarder le début de production du gaz. Clairement, ils sollicitaient le Président pour raisonner l’indésirable Frank Timis. Le Président Sall promit de parler à Frank Timis (…).

(…) Timis se livrait à une technique de marchandages familière à toute personne ayant fréquenté les marchés sénégalais. Le but était de pousser Kosmos à renchérir, au risque de voir une bonne affaire lui passer sous le nez.

Cette attitude me heurtait d’autant plus que Petro-Tim/ Timis Corporation étaient demeurées dans l’expectative d’une opportunité depuis l’acquisition des permis. A l’instar d’African Petroleum, l’autre véhicule de Frank Timis dans la recherche d’hydrocarbures au Sénégal, Petro-Tim/Timis avait engagé des montants ridiculement dérisoires, à peine 4 millions de dollars et encore, pas dans l’exploration. En conséquence de ces manœuvres, très vite, l’offre présentée à Timis Corp. pour sortir des blocs monta à 200 millions de dollars, outre des royalties sur la durée de la production. Ces informations m’amenèrent à saisir le 22 novembre 2016, le Président de la République par courrier pour lui demander de faire exercer les droits à la préemption sur les parts encore détenues par Timis corporation. J’y exposai de manière nette et précise que les prétentions de Timis Corp. à plus de deux cents millions de dollars en échange des 30 % étaient dépourvues de fondement. Sur deux pages, à travers une démonstration que je voulais concise et convaincante, j’y dressais les griefs que je nourrissais Petro-Tim/Timis Corp. Dans les grandes lignes, ces griefs consistent aux conclusions exposées supra sur la base des recherches menées par mes soins propres.

L’entité Petro-Tim /Timis n’avait pas démontré avoir les capacités techniques et financières. Elle avait financé sa part des obligations contractuelles de travaux non par des ressources liquides apportées par elle mais en cédant une partie des droits conférés.

Or la condition sine qua non pour que Petro-Tim pût prétendre aux permis était et demeurait ses capacités financières et techniques avérées. De surcroît, la carence de Petro-Tim à participer aux réunions des opérations et l’absence de toute contribution techniques aux travaux la disqualifiaient pour participer à la phase de développement des infrastructures de production. En conséquence, je proposais de trouver un arrangement avec Petro-Tim/Timis Corp. pour lui rembourser ses quelques 4 millions de dollars sous réserve d’une vérification de la réalité du montant allégué, augmenté éventuellement d’un intérêt raisonnable.

A cette époque en novembre 2016, je ne savais rien des conditions illégales qui ont corrompu les contrats attribués à Petro-Tim puis cédés à Timis Corp. Autrement, j’aurais purement et simplement envisagé de faire annuler les contrats de la même façon que j’avais retiré le permis de Rufisque offshore profond.

Je n’eus aucune réponse du Président de la République, même pas une allusion au cours de nos rencontres suivantes.

Parfum  de corruption

(…) Frank Timis se trouvait en mauvaise passe. Que faire ?

Ses vieux alliés vinrent à son secours. Les personnes sans lesquelles Timis Corp. n’auraient pas pu avoir les décrets d’approbation des contrats après la dénonciation de Tullow. Les autorités qui lui ont prolongé la période initiale par deux nouveaux décrets en 2013, lui permettant de rester dans la course à l’arrivée de Kosmos. Les mêmes qui en pleine connaissance, en 2014, ont couvert la transaction entre Petro-Tim et Timis Corp. dont la seule finalité était de rendre la promise fréquentable aux yeux de Kosmos.

L’assistance apportée en ces moments de discussions entre Kosmos-BP d’une part et Timis Corp. de l’autre, consistait à renforcer la position de négociation de Timis de sorte à pousser Kosmos-BP à surenchérir. La manœuvre était de faire entrer dans les négociations d’autres sociétés (Exxon, Gazprom) pour effaroucher Kosmos-BP, et les pousser à revoir à la hausse leur offre, surtout sur les royalties. Naturellement, les compagnies ainsi introduites dans le jeu ne se doutaient pas du rôle d’épouvantail qu’on leur avait assigné. Ces opérations se faisaient pour l’essentiel à ma barbe, puisque je ne participais pas aux discussions en coulisse. Toutefois, mon nez percevait l’odeur de gaz qui en exhalait car il n’était pas possible de me tenir à l’écart des réunions formelles à la Primature, sans renforcer mes soupçons qui étaient manifestes. Car pourquoi le Premier ministre avait-il pris les choses en main ? »