Le président de la République, Macky Sall, et son principal challenger — non moins leader de Pastef les Patriotes —, Ousmane Sonko, ne se piffent pas. C’est même une redondance que de le dire.

Dans leurs discours, chacun tente de rejeter l’autre. Cette inélégance républicaine a fini par attiser les tensions entre les deux hommes. Le politologue Mamadou Sy Albert tente de disséquer le personnage de chacun des deux leaders politiques pour comprendre pourquoi ils se vouent une telle haine.

Au cours des récents événements survenus au lendemain de l’arrestation du leader du Pastef, les chefs religieux ont pris leur bâton de pèlerin pour tenter de rétablir le calme en invitant les deux camps à l’apaisement. Interrogé pour disséquer les caractères du président Macky Sall et de l’opposant Ousmane Sonko, le politologue Mamadou Sy Albert s’est prêté de bonne grâce à l’exercice. Selon lui, « l’avantage de Macky Sall, c’est que c’est quelqu’un de serein. Il a une personnalité caractérielle introvertie. Il ne s’expose pas, il est fermé. Il a l’assurance de ses convictions.

Il est difficile de connaitre véritablement ses intentions, ses ambitions politiques. Par exemple, il est resté au Pds durant des années et ce n’est qu’à la fin de son compagnonnage avec le président Wade qu’on a senti qu’il avait une ambition politique nationale. Il l’avait cachée de par son caractère, son tempérament et il ne s’exposait pas. Depuis qu’il est au pouvoir, on sent qu’il a ce caractère. Il a toujours eu l’initiative depuis qu’il est au pouvoir et il sait là où il met le pied. Comparativement à Ousmane Sonko, il est plus âgé. Il a traversé plus tôt les épreuves politiques. Le leader de Pastef les Patriotes vit prématurément des conflits politiques par rapport au président Macky Sall. C’est son âge qui fait qu’il a une véritable hargne politique.

Il n’a pas peur de ses idées » explique M. SY. A l’en croire, autant Macky Sall est fermé, serein, mature, autant Sonko est exposé par son âge, par sa naïveté. Concernant les faiblesses des deux hommes politiques, le politologue soutient que Macky Sall n’affronte pas frontalement un adversaire. « Il est un grand combattant qui avance masqué. C’est cela qu’il a vécu douloureusement au sein du PDS, notamment contre Me Abdoulaye Wade, Idrissa Seck et certains cadres de ce parti. Si vous regardez les dernières années du pouvoir de Wade, il n’a pas affronté le pouvoir frontalement encore moins le Président Wade. Alors que Sonko est jeté en pâture par ses choix politiques. Ce qui fait qu’il se bat bec et ongles depuis trois ou quatre ans.

Il est trop exposé. C’est peut-être cela sa faiblesse. Il est jeune, il se bat, il n’a pas eu le temps de mûrir politiquement. C’est dans les épreuves qu’il est en train de mûrir. C’est la première épreuve politique à laquelle Macky Sall fait face en dépit du fait qu’il a été plusieurs fois ministre, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale », ajoute le politologue. Selon lui, Macky Sall a sous-estimé son adversaire qui, contrairement à lui, avance à visage découvert. « Cela est dû certainement à sa jeunesse. D’ailleurs, il est le premier homme politique à être mêlé à une histoire de mœurs » explique-t-il à propos de Sonko.

Inélégance républicaine

« Macky a été formé dans le moule du Pds dont il est l’un des derniers chefs. Il a appris à se soumettre. Mais ce qu’on ne savait pas, c’est qu’une fois arrivé au pouvoir, il deviendrait un homme très dur. Il a une main de fer et il a surpris son monde. De Senghor jusqu’à Me Wade, les présidents de la République ont fait preuve d’élégance républicaine avec leurs adversaires politiques. Les prédécesseurs de Macky Sall refusaient d’utiliser l’Etat pour nuire à la carrière politique d’un adversaire.

C’est seulement avec Macky Sall qu’on voit cette méthode hormis Senghor qui avait mis en prison Mamadou Dia. Mais, il n’y avait pas de haine. Au contraire, il y avait énormément de respect mutuel entre les deux hommes politiques. C’est au dernier moment que Senghor a été contraint d’utiliser l’Etat contre son adversaire. En ce qui concerne Macky Sall et Ousmane Sonko, on sent de moins en moins une divergence politique ou idéologique. C’est la haine entre eux, un rejet de l’autre qu’on ne reconnait pas. On tient un discours très négatif sur l’autre. C’est Ousmane Sonko qui est une victime car il a été un cadre chassé de la fonction publique. Macky Sall a du mal que Sonko soit son challenger » argumente encore le politologue Mamadou Sy Albert.

Le mérite d’Ousmane Sonko

Poursuivant, il explique, en parlant du leader de Pastef, que « Macky Sall ne l’attendait pas. Il a surpris tout le monde en se présentant à la présidentielle où il a obtenu 15 %. Aucun des leaders politiques de l’opposition n’a eu 15 % depuis Abdoulaye Wade. Seul Macky Sall avait eu 26 % avant d’aller au second tour.

Macky et ses alliés ont été surpris par le score de Sonko. Il a moins de 50 ans, n’a jamais dirigé une institution de la République, ni une collectivité locale, il sort de nulle part. Autant il pense que Macky Sall n’est pas légitime autant les partisans de Macky Sall ont du mal à accepter un adversaire légitime comme Sonko. C’est pourquoi, le discours devient plat et ethniciste comme « tu es casaçais » ou bien il est jeune sans expérience. Tout est négatif chez lui. On ne lui reconnait aucune valeur » estime notre interlocuteur en parlant de l’inspecteur des Impôts radié de la Fonction publique.

Radicalité

Expliquant les raisons qui ont poussé le leader des Patriotes à se radicaliser, Mamadou Sy Albert soutient que le système l’a broyé. « Il est inspecteur des Impôts. C’est la première fois que l’Etat chasse un acteur politique. Auparavant, les gens occupaient plusieurs fonctions. Car, soit, ils étaient syndicalistes, soit ils étaient politiciens en plus d’avoir des strapontins étatiques. Or, Sonko était un fonctionnaire et a été radié. Il est frustré par cela. C’est toute sa vie qui aurait pu basculer.

Mais heureusement pour lui, il a accepté son sort avant de se battre politiquement pour aller à l’Assemblée nationale. Par la suite, il s’est présenté à la présidentielle et un concours de circonstances inattendu a fait de lui un adversaire principal du président sortant car le Pds n’était pas de la partie de même que la gauche et même la société civile. Le pouvoir a du mal que Sonko incarne les aspirations de la jeunesse. Autant Sonko, en parlant du système, a des termes très durs autant le système va tenter de le détruire » conclut le politologue Mamadou Sy Albert.