Babacar, démissionne!

C’est la goutte de trop. L’énième roublardise d’un individu qui déroulait son plan en se faisant parfois passer pour un potentiel présidentiable du Sénégal. Et qui ne donne plus que l’image désespérée d’un naufragé en train d’être emporté par les eaux mais qui croit rouler Dieu et son monde en faisant assaut de pénitence verbeuse.

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S’agripper au ciel, instrumentaliser le sens de ce mois de repentance et dévotions, gesticuler autour d’un patriotisme économique passablement violé, voilà les ultimes trucs d’un escroc démasqué, ses acolytes avec, et qui, dans un dernier baroud de…deshonneur, empeste le monde avec ses clowneries hors, passées, de saison.

Le projet, mafieux, c’est d’arrêter l’hémorragie. C’est qu’il sait que le Conseil d’administration du Club des investisseurs du Sénégal (Cis), ce jour, ne sera pas comme la prière de ce vendredi final du Ramadan. Celles et ceux qui s’y presseront y viendront avec couteaux et revolvers dans leurs sacoches. Le but, il le sait, est de le punir. De le finir.

Issue fatale

Sentant la menace monter, l’issue fatale inévitable, il sort la dernière arme de sa boîte à truandises. Car au lieu de faire le seul acte qui vaille, c’est-à-dire annoncer sa démission et retourner se repentir dans un lieu de culte, s’il croit en ses simagrées religieuses, qu’il invoque inlassablement, Babacar Ngom, le Président acculé d’un CIS au bord de l’implosion, ne trouve rien de pire à faire que de sortir hier soir une lettre qu’il appelle, malhonnêtement, excuses ou explications, selon ses audiences. Dans l’unique but de gommer sa grosse faute, criminelle, de soutien public à l’une des plus grandes escroqueries institutionnelles de notre pays: l’affaire Akilee.

Ce faisant, il met le sceau de l’indignité, de l’imposture et de l’indécence sur ce qui devrait être le dernier soupir d’un Club frappé d’opprobre, atteint au cœur pour ses infidélités d’avec la vision et la mission théoriques à l’origine de sa naissance.

Ne nous attardons pas sur les termes de la lettre abondamment publiée par le lièvre (Leuk, en Wolof). Même un bébé dans le ventre de sa mère en aurait facilement déjoué les pièges et ficelles maladroits qui l’emberlificotent.

Retenons simplement, pour réduire à néant son argumentaire, que Leuk Ngom n’y manque pas encore de faire passer le pillage de 187 milliards cfa du Sénégal, au profit d’une bande composée de ses amis et proches, comme l’expression de ce type de sene-capitalisme dont il rêve.

C’est-à-dire qui permet au Directeur général d’alors de la société nationale d’électricité (Senelec), Makhtar CISSE, d’attribuer à la veille d’une incertaine élection présidentielle ce contrat de 187 milliards de francs cfa à une camarilla avantagée par un délit d’initiés et un conflit d’intérêts individuels. Sans pour autant se soucier de priver la boîte publique, et donc les contribuables sénégalais, de revenus précieux.

Tout le monde sait depuis lors que l’arnaque Akilee a été couverte par nombre de cadres de la Senelec, dont l’actuel Directeur Général, Demba Biteye, et de la haute administration, autant que par des structures supposées neutres, comme les agences de notation et d’audit (Wara, KPMG, Mazars) et par une presse alimentaire.

Le scandale a ceci de bon qu’il explose certains des caractères maraudant dans la société, qui ont contribué à faire du Sénégal ce pays si tolérant avec les criminels économiques.

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Leuk Ngom

En se hasardant à apporter son soutien public, sans avoir, pretend-il, les termes de ce deal, Leuk Ngom n’a pas que fait dans la légèreté. Il a semblé vouloir montrer qu’au Sénégal être riche, quel qu’en soit le modus operandi, c’est avoir le droit de faire ce qu’on veut. Y compris celui de couvrir des criminels. Là où le bât blesse, ici, c’est d’avoir entraîné dans sa désinvolte posture, non seulement le CIS en tant qu’entité morale d’un Sene-capitalisme qui se proclamait éthique et patriotique mais aussi d’avoir fait couler tous ceux, à commencer par le Secrétaire Exécutif du CIS, Docteur Abdourakhmane Diouf, qui n’ont pas eu le courage, la lucidité de se démarquer de ses fréquentations adultérines avec un projet éminemment corrupteur.

Un homme digne, en pareille circonstance, fait ce que dicte la loi, le devoir et la conscience s’il en reste: il démissionne.

Or, dans les intempéries qui vont finir de le détruire sous les yeux d’un public médusé, réalisant combien il peut être petit, le voici qui choisit la voie du déshonneur jusqu’au bout. Il est vrai qu’il y est en bonne compagnie. Outre un Makhtar CISSE cramoisi, d’autres dealers en voie d’implosion, il croit convaincre en rappelant ses débuts qu’il assimile à ceux des “jeunes” (la cinquantaine ou proche), les gangsters de Akilee.

Le plouc, il ne sait pas. Voici justement un an, devant les membres du groupe Jappo, réunissant des cadres sénégalais de la Diaspora à Paris, l’un des architectes de la magouille Akilee, le “jeune “ Amadou Ly agaçait son monde par son arrogance. “Je fais partie de ceux qui dirigeront le Sénégal”, s’exclamait-il devant un public nettement plus capé que lui. L’hubris était à l’œuvre.

Il a explosé tous les protagonistes ayant touché à ce megascandale en plus de signer la mort aussi bien du CIS que d’une certaine idée d’un Sene-capitalisme brutalement réduit en poussière coronavirienne.

Leuk Ngom, assez des grandes oreilles: démissionne. Démissionne et, si tu veux un conseil, transforme toi en Gentil organisateur (GO) du fils de Macky Sall, ton compagnon de jeux (voir photo ci-dessous), à tes heures perdues. Démissionne, tu es nu…Démissionne, tu as déjà épuisé ton capital honneur.

Et, au passage, que ce Club d’escrocs qu’est devenu par la force des choses le CIS ferme boutique plutôt que de tenter de se réinventer.

L’honneur et les comptes de la nation l’exigent.

Adama Gaye, Le Caire, 22 Mai 2020

Ps: Ayant chargé mes avocats des dossiers des diffamateurs, je voudrais ici résoudre un autre aspect: je ne suis pas demandeur ni preneur des conseils à l’abandon de mon engagement intellectuel encore moins à quelque réduction de l’intensité et de la forme aussi bien que du fond de mes écrits.

Je sais que se vendre ou s’aplatir sont devenus des exercices prisés dans ce Sénégal, terre rongée par la compromissionnite. Pas pour moi. WaSalam.