LIMAMETTI.COM – Comme avec son collègue Garde des Sceaux prompt à brandir le port du bracelet électronique chaque fois que la surpopulation carcérale est critiquée, le ministre de l’intérieur Aly Ngouille Ndiaye s’y met à son tour.

En marge de la rencontre avec la coordination des associations de presse suite l’agression de la camerawoman de Dakaractu, le ministre de l’intérieur a fièrement annoncé que les policiers vont être bientôt équipés de caméras embarquées ou caméras corporelles. Vœux ou volonté réelle pour un projet quasi irréaliste et irréalisable pour le moment.

Le ministre Aly Ngouille Ndiaye n’a pas dérogé à la règle des politiciens qui voudrait qu’a chaque épineuse affaire , il fallait en créer une autre et une autre dans la précédente au point que plus personne n’y comprenne rien. Hier, en marge de l’audience accordée à la CAP, le patron de la Place Washington a trouvé comme solution entre autres pour calmer la colère de la presse sur les bavures perpétrées contre elle, la prochaine mise en œuvre des des caméras embarquées pour les policiers.

D’après le journal « Les Echos », ces mini caméras qui existent déjà dans beaucoup de pays, sont portées par les policiers et filment toutes les interventions de ces derniers de même que les gestes des personnes interpellées. Avant chaque interpellation, ils doivent mettre en marche la caméra qui filme ainsi toute la scène. Il convient de signaler que certaines caméras sont équipées d’un dispositif de déclenchement automatique.

La révélation est faite par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique Aly Ngouille Ndiaye même si les priorités des populations sont ailleurs. Les sénégalais attendent toujours l’érection des commissariats de police promis pour lutter contre l’insécurité et non des gadgets douteux

En faisant cette annonce exclusive devant les responsables de la CAP, le ministre de l’intérieur mettait l’accent sur l’impossibilité d’accuser gratuitement la police ou un agent des forces de l’ordre de raconter une intervention selon les termes qui l’arrangent. Certains gendarmes seront dotés sous peu de ces équipements. Et les policiers suivront.et seraient, « dans la mesure du possible, équipés de caméras-piétons ». Ceci pour « répondre à la double exigence de transparence et d’exemplarité qu(‘ils doivent) aux Sénégalais ».

Pour un fonctionnaire de police, « Cette annonce du ministre devait être une innovation s’il pouvait assurer que les contrôles de police se passent bien et sans bavure. Mais la réalité est tout autre. Les caméras-piétons qui équipent les forces de l’ordre notamment en France, seraient en réalité pour la plupart inutilisables ». Et l’intéressé de nous en dire plus, « J’ai bénéficié d’une formation dans un pays européen et le débat suscité par le port des caméras-piétons montre que c’est de l’argent jeté par la fenêtre car, « Non seulement les fixations ne tiennent pas, mais l’autonomie des batteries est ridicule et les policiers sont obligés de partir avec quatre batteries de rechange ou alors, pour économiser le jus, on laisse la caméra éteinte et la remettre en cas d’intervention ».

En France, il aura fallu dégainer plus d’un milliard six cents millions de francs (2,5 millions d’euros) pour équiper certains membres des forces de sécurité.

Pour Mamadou Mbaye, un juriste spécialisé sur les TIC, « La présence de caméras embarquées ne saurait mettre fin aux violences policières, il faut plutôt combattre l’impunité ». Selon lui, il s’agit d’une question de perception, « C’est difficile à dire que la seule existence de la caméra est dissuasive. Quand une situation dégénère, quand des policiers perdent le contrôle, la présence d’une caméra ne va pas systématiquement changer les choses… Quand les policiers font un usage excessif de la force, c’est tout un environnement et tout un contexte qui amène à l’escalade. On est dans une situation extrêmement dégradée dans certains quartiers où la police est vue comme l’adversaire, et où, réciproquement, les fonctionnaires voient la population comme un bloc uniforme et ennemi. Pour éviter dérapages et violences de part et d’autre, c’est cela qu’il faut changer avant tout ».

En plus, dira t’il en conclusion, « Ces gadgets coûtent chers même si tout ce qui augmente la transparence et permet d’apporter des preuves supplémentaires quand il y a conflit entre un policier et un citoyen est positif. Cependant, il ne faut pas voir ces caméras comme une solution miracle, et ne jamais oublier qu’une caméra filme toujours sous un angle particulier. Il peut se passer des choses hors-champ ».

Pape Sané