La sentence est tombée. Six mois d’emprisonnement à l’encontre de Gurro Kebbeh pour charlatanisme, escroquerie et menaces verbales de mort au préjudice d’Oumou Ngom.

Il ne va pas passer la fête de Tabaski en famille. Gurro Kebbeh, d’origine guinéenne, a été jugé et condamné à une peine de 6 mois ferme. Il était en détention préventive depuis un peu plus d’un mois. Il a comparu hier au Tribunal de Grande Instance Hors classe de Dakar pour les faits de ‘‘charlatanisme, escroquerie et menaces de mort’’ aux dépens de la dame Oumou Ngom.

Cette dernière, voulant mettre un terme à son mariage, avait sollicité ses services. Au début, le ‘‘marabout’’ et, également maître coranique, lui a, selon ses dires, demandé la somme d’un million de francs Cfa pour les besoins de sacrifices et d’offrandes.

Mue par son désir de rompre les liens conjugaux et de récupérer ses enfants des mains de son ‘‘ex-époux’’, Oumou s’est ‘‘innocemment’’ pliée à cette injonction. Au mois de juillet passé, elle dit avoir été conduite à la forêt classée de Mbao où Gurro lui a fait croire que les djinns désiraient s’adresser à elle. Une fois sur les lieux, avance la victime, elle a entendu des voix qui lui parlaient et qu’elle n’était pas parvenue à localiser.

A l’issue de cet entretien avec les ‘‘djinns’’, elle devait s’acquitter d’un autre montant de 350 000 F Cfa exigé par le maître coranique pour un autre sacrifice, avant de fixer un autre rendez-vous au même endroit. Les séances de divination qui devaient durer moins d’une semaine, d’après les assurances du marabout, finirent par tirer en longueur.

‘’J’étais hypnotisée et ne comprenais rien de ce qui se passait’’

La dame, ne pouvant plus continuer à honorer les sollicitations, a fini par se rendre compte de ‘‘l’inefficacité du marabout véreux’’. ‘‘J’ai remis au total 9 000 000 F à Gurro et j’ignorais sérieusement les raisons pour lesquelles je me comportais ainsi. J’étais hypnotisée et ne comprenais rien de ce qui se passait’’, a confessé Oumou.

D’ailleurs, lors de son audition, elle a affirmé s’être rendue, une seconde fois, dans la forêt de Mbao, à la demande de Gurro. A son arrivée, elle aurait trouvé son ‘‘bienfaiteur’’ avec trois sacs remplis de billets de banque. ‘‘Il m’a fait savoir que l’argent (17 000 000 milliards) m’appartenait, mais avant de pouvoir en disposer, je devais d’abord lui verser 7 000 000’’, a expliqué la dame devant le juge.

Devant son refus d’obtempérer, elle a reçu des menaces de mort sur sa fille. ‘‘De peur qu’il ne mette ses menaces à exécution, j’ai finalement cédé’’, a tenté d’expliquer Oumou. A partir de cet instant, les relations ont tourné au ‘‘chantage’’ et à la ‘‘contrainte’’. Les 7 000 000 ont été ainsi encaissés par le marabout, qui tarde jusque-là à produire un ‘‘miracle et les effets escomptés’’.

Le Guinéen de 38 ans, convaincu d’avoir ‘‘mystiquement la dame sous son contrôle’’, continuait à lui réclamer de l’argent pour, aurait-il dit, ‘‘finir sa bénédiction et ses prières’’. Consciente d’être victime d’une arnaque, Oumou a décidé de porter les faits à la connaissance de la justice, en déposant une plainte à la Section de Recherches de la gendarmerie nationale contre son ‘‘maître-chanteur’’, pour paraphraser un des avocats de la partie civile. Le prévenu, visiblement mal à l’aise dans son caftan blanc à fines rayures multicolores, s’est inscrit en faux contre les affirmations de sa solliciteuse. ‘‘Quand Oumou était venue vers moi pour me dire qu’elle voulait quitter son mari, je lui ai déconseillée de le faire, car cela est banni par l’Islam’’, a-t-il lancé, dans un wolof pas tout à fait conforme.

Après la forêt classée de Mbao… le Tribunal

Lorsqu’elle s’est rendue compte qu’il s’agissait d’une escroquerie, Oumou a, dans un premier temps, tenté de rompre tout contact avec Gurro, mais ce dernier aurait continué à la harceler et la menacer, si ‘‘elle ne poursuivait pas l’affaire jusqu’au bout’’, a fait savoir son avocat dans sa plaidoirie.

Pour lui, ‘‘Oumou devait honorer toute demande des soi-disant djinns sans arrière-pensée’’, a déclaré Me Diop. Se doutant certainement d’avoir été démasqué dans ses manœuvres frauduleuses, le marabout doublé de charlatan, et qui disposerait d’une nationalité gambienne, serait allé se réfugier à Ziguinchor, avant de prendre la poudre d’escampette pour Banjul.

Néanmoins, il n’a pas rompu ses communications téléphoniques avec la victime et a continué de lui faire miroiter un divorce prochain, à condition d’un énième versement. C’est ainsi que le 10 août dernier, il lui a fixé un rendez-vous dans une auberge sise à Mbao. La gendarmerie, informée par la victime de cette rencontre, avait dépêché une équipe au lieu du rendez-vous fatal au Gambien. Ce qui a permis son interpellation et à son arrestation. L’enquête préliminaire faite par l’Officier de la Police Judiciaire et le réquisitoire du parquet ont permis de réunir, à l’encontre du prévenu, des indices faisant présumer et préciser en fin de compte qu’il a commis les faits pour lesquels il est poursuivi.

L’avocat de la défense, en rejetant les arguments de la partie civile, a demandé au juge une ‘‘application légère et clémente de la loi’’, dans la mesure où leur client n’était pas animé de ‘‘mauvaise foi’’ et qu’il aurait conseillé à ‘‘la présumée victime’’ de préserver son ménage. Le tribunal, après en avoir délibéré à huis-clos, a condamné Gurro Kebbeh à 6 mois ferme, lequel va verser une somme d’argent (pas encore précisée) à la victime en guise de dommages et intérêts.

LAMINE DIAGNE (STAGIAIRE)

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