Qu’on soit d’accord ou non, le chef de l’Etat a de l’humour. Même si son visage a tendance à s’assombrir au point que certains ont vite fait de l’affubler du titre de « gnangal » — ce qu’il reconnait implicitement dans son ouvrage « Le Sénégal au cœur » où il affirme que son épouse, la Première Dame, a un faciès plus avenant que le sien—, il reste que Macky Sall peut faire sourire.

Ainsi, en fut-il, quand le 31 décembre, face aux journalistes de la presse nationale, il se compara à Birima Ngoné Latyr Fall, ancien Damel du Cayor.

C’était sur la question très attendue du 3ème mandat et le chef de l’Etat, dans sa volonté de ne céder en rien aux questions insistantes de Alassane Samba Diop et de Cheikh Diaby, se fendit de sa réponse sibylline du « ni oui ni non » qu’il nous avait servie l’année dernière. Sourire en coin, il se compara à ce propos à Birima dont l’une des plus fortes réputations ayant traversé les âges est qu’il avait une seule parole laquelle ne sortait de sa bouche qu’une fois par an.

Macky n’est certes pas Birima « ma ca benn baad ba », mais sur le point précis où il se compare à l’ancien souverain il a tapé dans le mille en continuant de jouer au sphinx, même si certains de ses compatriotes soutiennent mordicus l’existence d’un dit dans le non-dit. Dans une certaine mesure, on peut comprendre ces derniers si on tient compte du fait qu’on est dans le domaine de la politique et dans un pays où l’art du contre-pied est presque érigé en règle de conduite.

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Point n’est besoin d’emprunter à Diogène sa lanterne pour aller de nos jours à la rencontre de politiciens aux antipodes de Birima, le Damel vivificateur du code des Ceddos fondé sur le sens de l’honneur, le respect de la parole donnée et la bravoure.

Birima doit se retourner dans sa tombe en voyant combien ses petit-fils ont perverti le pouvoir qu’il s’était évertué avec d’autres dirigeants d’antan d’en faire un sacerdoce et non un privilège. Une servitude et non une mangeoire, une occasion pour forger des citoyens modèles au lieu de les transformer en profiteurs avérés. Engagés dans une course sans fin d’accumulations de biens.

Dans un tel pays, le code de Birima a cédé le pas au machiavélisme, doctrine justifiant l’utilisation de la ruse et de la mauvaise foi pour arriver à ses fins. Toute honte bue, les politiciens ont l’habitude de verser à cœur joie dans la démagogie, les promesses irréalistes, les mielleux slogans à l’avenir fugace et les opérations sans lendemain.

Désabusé, le peuple a fini par si bien comprendre le jeu et les acteurs d’un tel scénario qu’il n’est plus scandalisé quand ces derniers font dans le « wax waxeet », érigent le népotisme en règle de pouvoir, s’adonnent à la dévolution monarchique, ravalent ce qu’ils avaient vomi hier en proclamant urbi et orbi que le démoniaque adversaire est subitement devenu le messie avec lequel on ferait bien de s’allier pour… sauver le pays ! Il n’est pas question ici de soutenir que les montagnes ne se rencontrer jamais en politique, mais certaines retrouvailles, tant du côté de l’opposition comme du pouvoir, ont une soudaineté telle qu’elles dégagent chez la première le parfum d’un regroupement hétéroclite dicté par le seul objectif de s’opposer et chez la seconde l’irrépressible besoin de jouir des ors du pouvoir.

Pas étonnant que les spectateurs d’un tel « combine beurè », c’est-à-dire le peuple, soient acquis longtemps à l’idée que les promesses d’un politicien n’engagent que ceux qui y croient et que c’est durant une campagne électorale qu’il faut s’activer pour tirer profit d’un candidat. Car une fois élu, il vous tourne généralement le dos. Ne dit-on pas que le non élu fait le bon politicien ?

Ce machiavélisme des politiciens a déteint sur le peuple et vice-versa ; de sorte que la roublardise, pour ne pas dire la filouterie, n’a jamais eu autant droit de cité au Sénégal. Le drame, c’est presque dans le sourire qu’on constate les pratiquants d’un tel forfait en les qualifiant de « doorkat ».

Bien dans leur peau, ils trompent et abusent par le biais d’un mielleux discours ponctué de la référence qui fait quasiment mouche : « Barké se’gne bi »…