Si vous voulez avoir une Ă©pouse avec 5000 Fcfa, allez chez
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Faits divers

Si vous voulez avoir une Ă©pouse avec 5000 Fcfa, allez chez


Publié par Cheikh Anta

Une des principales confrĂ©ries islamiques soufies du SĂ©nĂ©gal, les LayĂšnes se distinguent de leurs coreligionnaires par certaines pratiques dont les mariages collectifs entre adeptes. CĂ©lĂ©brĂ©es annuellement lors de la ‘’ziarra’’ (renouvellement d’allĂ©geance) au Khalife gĂ©nĂ©ral (guide de la confrĂ©rie), ces unions sont contractĂ©es par plus d’une centaine en un aprĂšs-midi et sur la base d’une dot symbolique de 5000 FCFA.

Le samedi 6 janvier 2017, jour de la ‘’ziarra’’ Ă  l’actuel Khalife gĂ©nĂ©ral des LayĂšnes, Abdoulaye Thiaw Laye, l’union de 132 couples est un des temps forts de l’évĂšnement. Les mariages sont prĂ©vus comme d’habitude sur la Grand-Place de sable fin de Yoff- Diamalaye, quartier jouxtant la mer et un des fiefs des LayĂšnes.

Peu aprĂšs 17 heures, le muezzin lance l’appel Ă  la priĂšre et un homme annonce Ă  la foule recueillie que les nouvelles mariĂ©es recevront leurs dots, peu aprĂšs la priĂšre de ‘’takussaan’’. Pourtant, cette annĂ©e, une petite entorse a Ă©tĂ© faite Ă  la cĂ©rĂ©monie : compte tenu du grand nombre d’unions Ă  cĂ©lĂ©brer, des mariages ont Ă©tĂ© scellĂ©s un peu plus tĂŽt dans la journĂ©e.

Abdoulaye Mbengue qui est venu demander la main d’une fille pour son frĂšre absent, a pu en profiter et il est tout heureux. « Moi aussi, c’est lĂ  oĂč j’ai trouvĂ© ma premiĂšre Ă©pouse. Je me prĂ©pare pour une deuxiĂšme», lance-t-il fiĂšrement avant d’exhiber l’attestation de mariage de son frangin dĂ©livrĂ©e par l’imam de la grande mosquĂ©e de Yoff LayĂšne.

Mamadou Laye SĂšne, membre du dahira (groupe d’adeptes) layĂšne de Thiaroye-sur-mer, voit, lui, dans cette tradition instaurĂ©e par Seydina Limamou Laye, (1843-1909, le fondateur de la confrĂ©rie) un moyen de lutter contre la dĂ©pravation des mƓurs. Pour SĂšne, il s’agit lĂ  Ă©galement d’une preuve de « sagesse » de la part de son guide qui permet aux jeunes de s’éviter des maladies incurables comme le sida.

Tout en acquiesçant, Abdourahmane Thiaw Laye, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des FĂ©dĂ©rations des dahiras layĂšnes du SĂ©nĂ©gal, rappelle que leur guide n’a fait que revaloriser « une sunna du prophĂšte Muhammad (PSL) ». « Nous la (sunna) revivifions Ă  l’occasion de cette ziarra Ă  travers des sĂ©ances foraines oĂč l’on marie les cĂ©libataires, les divorcĂ©s, les veufs et les veuves », ajoute-t-il.

Le responsable prĂ©cise en outre que les mariages sont contractĂ©s selon les quatre conditions fixĂ©es par l’islam : le consentement des personnes Ă  marier, l’approbation du tuteur de la femme, la prĂ©sence de deux tĂ©moins et le versement de la dot Ă  la femme.

En plus des 5000 FCFA versés à la mosquée, une somme pareille est prévue pour la dot. Elle est calculée sur la base de la valeur du quart du dinar retenu « entre 4500 et 5000 FCFA ».

AprĂšs cette dot symbolique, le nouvel Ă©poux peut, s’il le dĂ©sire et en a les moyens, donner une substantielle enveloppe Ă  son Ă©pouse. Certes « la femme mĂ©rite mĂȘme un milliard. Mais il y a un hadith qui dit que le mariage qui reçoit la dot la plus petite a plus de baraka », souligne Abdourahmane Thiaw Laye, rappelant que l’annĂ©e derniĂšre 132 couples avaient Ă©galement Ă©tĂ© unis.

Autre pratique enseignĂ©e par « Baye Laye » (surnom de Seydina Limamou Laye) : dĂšs sa naissance, une fille peut ĂȘtre donnĂ©e en mariage, suivant les prĂ©ceptes islamiques. Toutefois Ă  sa majoritĂ©, on la consultera pour savoir si elle veut ou non l’époux qu’on lui a choisi. En cas de rĂ©ponse nĂ©gative, le mariage est annulĂ© et la dot remboursĂ©e Ă  l’époux ou Ă  sa famille.

Dans ces genres de mariage, les parents du mariĂ© font tout pour que ça marche en assurant un « suivi » rĂ©gulier des rapports entre les conjoints. « On essaie de responsabiliser le garçon en lui faisant savoir que celle-ci est son Ă©pouse. On lui donne des cadeaux pour qu’il aille les lui remettre », explique sous le couvert de l’anonymat un homme bien au fait des mariages collectifs.

Rappelant que le prophĂšte Mohammad (PSL) avait Ă©pousĂ© Aicha lorsqu’elle avait 6 ans, il informe que beaucoup personnes voyant que les LayĂšnes perpĂ©tuent cette pratique ont tendance aujourd’hui Ă  marier trĂšs tĂŽt leurs enfants ou leurs petits-enfants.

Tout en combattant les dangers du cĂ©libat et la pression sociale, ces mariages brisent certains prĂ©jugĂ©s de la sociĂ©tĂ© sĂ©nĂ©galaise oĂč les ‘’castĂ©s’’ (griots ou autres forgerons) ne peuvent s’unir qu’avec les femmes de leur rang.

Dans l’optique de bannir cela, les LayĂšnes cultivent l’humilitĂ© chez leurs adeptes en les obligeant durant les cĂ©rĂ©monies religieuses Ă  se vĂȘtir de blanc (percale, en particulier), Ă  se faire appeler du mĂȘme nom de Laye et Ă  s’accroupir Ă  mĂȘme le sol.

 

actunet

A propos du rédacteur

Cheikh Anta

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