LIMAMETTI.COM- Longtemps perçu comme le candidat parfait pour nous sortir au plus vite de la pandémie, le vaccin anglo-suédois est en pleine tourmente : retards en cascade, craintes sur les effets secondaires et enbrouillaminis administratifs et politiques. Récit des dessous de l’affaire.

Une dose du vaccin Oxford-AstraZeneca anti-Covid-19 (Covishield fabriqué en Inde) lors d’une campagne de vaccinations à Belgrade le 19 mars 2021

Dans les luxueux locaux d’un des plus prestigieux cabinets de conseil anglo-saxons, chargé d’épauler le ministère de la Santé dans sa stratégie vaccinale. A l’intérieur, l’un de ces consultants de haut vol détaille, graphiques à l’appui, le calendrier des livraisons de vaccins pour chaque laboratoire d’ici à la fin de l’année. Sur le papier, pour la semaine du 22 mars, la moitié des 2,3 millions de doses alors attendues doivent venir d’AstraZeneca. Sauf que les doses ne sont jamais arrivées. En tout cas, pas dans les quantités espérées.

Une absence qui met sens dessus dessous la stratégie vaccinale de l’exécutif. D’autant que le vaccin d’AstraZeneca semblait paré de tous les atours. Peu cher – dix fois moins que le Moderna -, ne nécessitant aucune logistique particulière – il se conserve dans un frigo classique -, il avait tout du candidat parfait pour une vaccination de masse s’appuyant sur la médecine de ville. Mais les retards de livraison à répétition, les rumeurs sur son efficacité le transforment en vaccin de seconde zone.

Une forme d’ »Astra bashing » s’installe, alimentée par certains dirigeants politiques européens qui voient là le bouc émissaire idéal pour faire oublier la lenteur de la campagne et les errements de la politique européenne.
Après la suspension du produit par une quinzaine d’Etats-membres, l’a finalement déclaré « sur et efficace ».
Mais le mal est fait. D’autant qu’en France la Haute Autorité de santé vient de restreindre son utilisation aux plus de 55 ans. « Cela risque d’alimenter chez certains l’idée qu’on les prend pour des cobayes », se désole Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine. « Même si cette hésitation vaccinale est très franco-française, il va falloir faire preuve de beaucoup de pédagogie », complète Véronique Trillet Lenoir, eurodéputée LREM, membre de la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire.

Surtout, le calendrier vaccinal initial vient encore de déraper. En attendant l’arrivée du vaccin de Johnson & Johnson fin avril, il y a urgence. « En France, 300 personnes meurent chaque jour du Covid, seule la vaccination peut nous sortir de cette pandémie », martèle Stéphane Paul, responsable du département d’immunologie du CHU de Saint-Etienne et membre du comité Vaccin Covid-19. Pour AstraZeneca, le défi tourne à la gageure.

L’Express