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"La gaffe de Monseigneur" : Adama Gaye att@que Monseigneur Benjamin Ndiaye

“La gaffe de Monseigneur” : Adama Gaye att@que Monseigneur Benjamin Ndiaye

pour Fatima Diallo
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Choc et stupeur. Comment le chef de l’Eglise catholique sénégalaise, dont l’équidistance vis-à-vis du jeu et de la classe politique, a bâti son pouvoir, l’a rendue crédible comme force sociale respectée bien au delà de ses chapelles, a-t-il eu l’idée de se rendre, en pleine période d’arbitrage, par le peuple, d’une élection complexe, chez Macky Sall, clavecin sous la main, pour lui faire des courbettes? Plus que d’une erreur, c’est une bourde. Un acte qui tombe au plus mauvais moment. Injustifiable.

Monseigneur Benjamin Ndiaye, avec tout le respect que je tenais mordicus à garder pour vous, au point de prendre ici souvent la défense de la communauté catholique de notre pays, en saluant sa réserve et son honnêteté, vous nous devez, excusez-moi d’être brutal, des explications pour ne pas dire de plates…excuses.

Vous avez gravement fauté. Et vous n’avez même pas le bénéfice atténuant de l’âge avancé, comme certains guides religieux musulmans enfermés dans des bulles par des entrepreneurs sociaux vivant par et pour les retombées émanant des centres de pouvoirs spirituels qu’ils squattent. Vous êtes encore jeune. Et à vous entendre ces dernières années évoquer les problèmes sociétaux, on pouvait aisément en conclure que vous étiez à la page.

Comment êtes-vous donc tombé au point de sauter sur une folklorique, vraie arnaque, accession imminente à la présidence en exercice de l’Union africaine (UA) de l’homme qui vous a reçu en compagnie d’une forte délégation pour vous mettre à en faire tout un pataquès? J’ai envie de vous demander: où sont passés la retenue et le recul légendaires par lesquels on distinguait naguère votre institution?

Ne me dites-pas que vous ne savez pas les torts et crimes, les tueries, commis par Macky Sall?

Avez-vous eu un seul mot, quand, voici bientôt un an, il donnait la charge à ses nervis et aux forces débridées de sécurité afin qu’ils “tirent pour tuer” de jeunes sénégalais, établissant ainsi un exemple suivi depuis par le meurtrier Président Kazakh? Pourquoi n’avez-vous pas été entendu ces temps-ci autour des violations des droits humains, par des détentions arbitraires, ni sur la pratique du double-standard d’une justice qui laisse à l’air libre trafiquants de billets et de drogue issus du parti au pouvoir, mais jette en prison quiconque a le cran de s’opposer à la mal-gouvernance ambiante? Votre silence est aussi étonnant sur sa magouille pour enterrer le méga-crime économique d’Aliou-Macky-Timis que j’ai re-posté ici-même hier (vidéo BBC) qui spolie plus de 6000 milliards cfa revenant au peuple, en les privatisant!

Pourquoi ne dites-vous rien des centaines de jeunes sénégalais dont les corps sont venus s’échouer sur les rives de l’Atlantique, victimes de leur désespérante, fatale, tentative pour émigrer sous des cieux plus cléments? Comment vous, l’intellectuel, ayant grandi dans le Saloum, dans ma bonne vieille ville de Kaolack, donc au fait des défis sociétaux, comment pouvez-vous tomber si bas jusqu’à vous faire l’apôtre, non pas de la justice, de la liberté, des droits souverains des peuples, y compris ceux des Maliens écrasés sous le genou de votre hôte, mais le griot d’un discours indigne de votre position: l’embellissement, électoraliste, des cités religieuses, pendant que les villes et villages du pays restent à l’abandon? Dans votre zèle de lobbyiste confessionnel, intéressé, vous avez oublié les sans-voix ravalés dans une misère crasse, au profit de cités religieuses baignant dans le luxe ou, qui sait?, le lucre…

En vous rendant hier à l’audience avec Macky Sall, en pleine campagne électorale, n’avez-vous pas pensé qu’il s’agissait-là d’une faute de mauvais goût particulièrement nauséabond puisqu’il semble signaler que l’Eglise vote avec ses pas, en voulant devenir une militante marron-beige de l’estomacratie?

Vous êtes suffisamment érudit pour savoir que l’homme qui vous a reçu n’est pas digne, alors là pas du tout, pour porter la voix de l’Afrique et qu’adouber sa présidence en exercice de l’UA, qui doit être empêchée, c’est se rendre demain complice des forfaits inévitables, des trahisons, de l’incompétence, de l’aliénation à des intérêts étrangers qu’on peut légitimement en attendre…

Je sais, Monseigneur, que la théologie de la libération, celle rendue célèbre par les écclésiastes Sud-américains, à la suite du fameux Don Helder Camara, s’est quelque peu estompée avec la baisse d’intensité des révolutions du passé.

Il n’empêche: partout dans le monde, en commençant par notre pays, où de Monseigneur Yacinthe Thiandoum à Monseigneur Adrien Sarr, le comportement de l’Eglise lui a toujours valu des éloges, suttout quand, sous l’autorité d’un Président catholique, Léopold Sédar Senghor, elle s’était conduite avec un républicanisme et une rigueur ayant fondé les bases de l’etime que lui vouent les Sénégalais, tous cultes confondus.

Le monde entier sait aussi combien le soft-power de l’Eglise en fait un recours planétaire. Au point que même si Staline, naguère, s’était gaussé du manque de “divisions” du Vatican, il ne vient à l’esprit de personne de prendre à la légère ses préconsiations sur les enjeux sociétéux. La Sénégalaise en avait acquise, au plan local, une aura qui donnait à sa parole une puissance que la représentation minoritaire de ses ouailles ne lui permettait pas. Souvenez-vous, dans les années 1990, quand Monseigneur Thiandoum exprimait sa sympathie à un hierarque du Parti socialiste qui était malmené par ses amis, il le mit sur une rampe où il trône depuis…

Or, en vous laissant entraîner dans le folklore politicien, symbole de la praxis du tenant d’un pouvoir illégitime né d’une fraude massive à la dernière élection présidentielle, vous avez, Monsieur Ndiaye, bradé son précieux capital immatériel accumulé depuis la nuit des temps. Il ne vous reste qu’à rejoindre le choeur de ceux qui se pâment devant de nouveaux bâtiments, surtout, s’ils sont dotés d’un…ascenseur, pour reprendre Milkshake, Milk-le Lait, qui ment autant qu’il débite des fadaises, et dont la sortie hier pour célébrer l’arrivée de l’ascenseur à Tamba fait trembler encore les Bassaris.

Voyez-vous, Monseigneur Benjamin Ndiaye, ça me fait mal d’être dur avec vous: j’avais même demandé à une connaissance, qui vous connaît, de m’organiser une rencontre avec vous pour qu’à mon retour d’exil je puisse recueillir vos vues sur le pays dans un symbole de ce dialogue des religions, d’une pacification de l’espace inter-religieux, qui me tient à coeur.

En vous voyant hier assis avec votre délégation en train de d’enfiler des superficialités, je me suis dit: où est donc passée la sagesse de l’Eglise?

Que diable êtes-vous allé faire dans cette galère dans un contexte aussi lourdement marqué? Vous avez raté une belle occasion de garder votre distance -qui fonde votre pouvoir.

Avec mes excuses pour cette forte interpellation, je vous demande de vous ressaisir car nous ne laisserons personne, je dis bien personne, conforter un régime assassin, qui pille et tue nos espoirs de sauvetage de notre pays.

J’espère avoir l’occasion de vous le dire de vive-voix, de vous hurler calmement ce que je pense de votre bourde d’hier, tout en espérant vous entendre -enfin!-sur ma propre expérience avec ce régime liberticide, ravisseur d’otage, qui se tient, les armes à la main, prêt à me trucider comme il l’a fait avec d’autres, dans votre silence assourdissant.

J’ai perdu espoir en vous malheureusement puisqu’au lieu des problèmes graves qui mendient votre parole, vous osez, plutôt, hélàs, la consacrer à des gracieusetés, tel que l’embellissement de cités religieuses. La honte !

Il ne vous reste qu’à passer au clavecin pour chanter le prochain bâtiment, quelque paroisse, avec ascenseur, en oubliant votre mission d’être aux côtés des âmes, pour servir la soupe à l’assassin Macky Sall.

L’Eglise s’est suicidée hier au coeur de la République, en direct…Prise la main sous la soutane d’une compromission indigne de sa mission.

Tenez-le cependant comme une vérité d’Evangile: il est hors de question, Monseigneur, de laisser prospérer ici le type d’errements, qui, de la collusion esclavagiste et coloniale, de l’apartheid au nazisme, voire de la collaboration avec les dictatures communistes, ont rendu l’église sujette à caution.

Votre faute est trop lourde. Repentez-vous publiquement. Maintenant.

Adama Gaye* est un exilé politique, opposant au régime de Macky Sall. Ancien détenu politique, pris en otage, il est l’auteur de “Otage d’un Etat”, paru aux Editions L’Harmattan, Paris.

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