Des opérations de sécurisation dans les principaux fiefs supposés appartenir au Mfdc, ont été lancées par l’armée. C’est ainsi que le village-cantonnement de Mogone a été détruit contraignant ces occupants à chercher d’autres cieux plus cléments. Informée des cultures de chanvre indien dans le village de Néma Djinaré, une colonne militaire fait une descente pour mettre fin à cette pratique. Malheureusement, un jeune du nom d’Abdoulie Njie sera tu£ et ent£rr£ dans les rizières. Par qui? Ses proches désignent les militaires du doigt…

Que s’est-il passé ce mercredi 22 avril à la lisière de la forêt de Néma Djinaré où les populations de ce village longtemps réfugiées en Gambie et, rentrées au bercail du fait de l’accalmie notée et des programmes mis en place par l’ANCAR depuis quelques années ? Une chose semble néanmoins être très partagée par les quelques personnes ayant osé s’en ouvrir à nous. Depuis le 17 avril, la zone militaire numéro 5 (Ziguinchor) a organisé une opération dans le Nord Sindian. Une opération au cours de laquelle les soldats ont découvert et détruit 06 champs de chanvre indien et 10 puits.

« Mercredi aux environs de 09 heures, plusieurs voitures de l’armée sont arrivées simultanément à l’entrée du village avant que les hommes à pieds ne se dirigent vers la forêt et les rizières », renseigne Bakary Goudiaby. Ce dernier, natif du village vit en Gambie où il s’est installé depuis plusieurs années, était venu à l’occasion du mois du Ramadan pour un récital de coran.

Selon Bakary Goudiaby, « Quelques minutes plus tard, nous avons entendu le crépitement de plusieurs armes à feu mais nous pensions que les militaires tiraient en l’air pour faire peur aux jeunes qui s’adonnaient à la culture maraîchère pour certains et, à la culture du chanvre indien pour d’autres ». Et poursuit notre interlocuteur,  « C’est le lendemain alors que je retournais en Gambie qu’on m’a avisé que mon neveu Abdoulie Njie n’était pas rentré à la maison et que certains, sous le sceau de l’anonymat, ont déclaré qu’il a été atteint d’une balle lors de l’incursion des militaires la veille ».

« Après plusieurs heures de recherche, une tombe fraîchement creusée sera trouvée aux environs des rizières par les jeunes. Vérification faite, la personne ensevelie avec ses habits était bien Abdoulie Njie. Le Sous-préfet avisé, nie avant de chercher à étouffer l’affaire », révèle une autre source  

Pendant près de 72 heures, l’inquiétude s’était emparée des populations du village de Néma Djinaré car, une dizaine de jours plus tôt, dans le village voisin de Kabakelle, deux jeunes coupeurs de bois avaient été abattus et enterrés sans aucune forme de procès. Et en inspectant les coins et recoins des rizières, des jeunes découvriront un monticule de sable fraîchement remué.

« Quand nous nous sommes approchés de certains militaires basés à Djiral distant de quelques kilomètres de Néma Djinaré, ces derniers mois ont conseillé de bien chercher », renseigne une source ayant requis l’anonymat. Cette dernière de nous révéler par ailleurs, « À quelques mètres de l’endroit où Abdoulie Njie a été enterré, des traces de sang, de chaussures et pneus étaient visibles et cela a facilité nos recherches ».

Selon Yankouba Sané, « nous avons appelé aussitôt le maire Ansoumana Sagna et La Croix Rouge. L’édile nous trouvera sur place pour constater de visu qu’il s’agissait bien de Abdoulaye Ndiaye qui gisait avec ses habits dans la tombe. Quant à la Croix Rouge, elle n’a pas fait signe depuis lors ».

Qui a tu£ le natif de Pirang en Gambie Abdoulie Njie? Certaines sources associent sa mort dans une base rebelle en Casamance comme prétexte, sa mère Aïssatou Goudiaby et son oncle Lamin Dibba dégagent en touche cette accusation saugrenue d’après eux

« Si Abdoulaye Njie plus connu sous le sobriquet de « Powerful » est effectivement un citoyen, il est tout autant sénégalais de par sa mère Aïssatou Goudiaby qui même vivant à Pirang, est native de Néma Djinaré », renseigne son oncle Lamin Dibba. « Ceux qui disent que Abdoulie appartient à la rébellion sont de mauvaise foi, il avait décidé de s’installer sur les terres de sa mère pour pratiquer la culture maraîchère », informe Lamin Dibba.

Joint au téléphone, le maire de Djibidione Ansoumana Sagna nous déclare : Je viens d’être informé de cette situation et là je me dirige vers le village en question. Je vous reviendrais plus tard ». Ce que l’édile a oublié, c’est que le vendredi, jour où le corps a été découvert, il a été appelé sur les lieux pour constater avec les populations. Donc, à quoi joue le maire? Serait-il comme le sous-préfet, tenté de vouloir étouffer cette affaire ?

Si le maire a répondu à nos appels, ce n’est pas le cas du Sous-préfet de Sindian, Diouf qui, dit-on, aurait sommé les jeunes de ne point ébruiter cette affaire encore moins Esther en justice comme le désirent certains membres de la famille du disparu. « Les vieux du village ont été vertement menacés pour enterrer définitivement cette affaire », renseigne Yankouba Sané, l’un des jeunes qui ont découvert la tombe du disparu.

Du coté de la Dirpa, le Colonel Ngom joint par nos soins, nous apprend qu’il n’était pas au courant d’une situation même s’il reconnaît que l’armée a mené des opérations dans la zone. « Laissez moi le temps de m’informer et je vous reviens », avait-il promis. Mais jusqu’au moment où nous mettons en ligne, il ne nous est pas revenu.

En attendant de situer les responsabilités d’une telle atrocité, Aïssatou Goudiaby la mère du défunt réclame le corps de son fils aux fins d’inhumation.

Pape Sané