LIMAMETTI.COM – Dans quel pays vit-on ? Qu’est devenu le legs moral et religieux de nos illustres aïeuls ? Le Sénégal marche sur la tête en ce troisième millénaire. Une de nos tantes ancienne haute fonctionnaire nous répète souvent qu’aucune émergence n’est possible sans un réel rétablissement de la hiérarchie sociale « les derniers sont devenus les premiers et les premiers les derniers » assène-t-elle souvent. Analyse d’un désert moral qui laisse indifférente une société détruite par l’argent et le paraître…

Un juge motive un divorce pour « revenus insuffisants ». Une insulte aux chômeurs. Avec de fausses signatures, un fils de famille arnaque son géniteur de 27 milliards de F Cfa en complicité avec sa mère sous prétexte que le père a épousé une seconde femme. Des jeunes homosexuels pris en flagrant délit d’actes contre nature dans une auberge de la place.

Des jeunes lycéennes lesbiennes diffusent une vidéo sur les réseaux sociaux. Des gigolos se vantent sur les ondes de leurs relations sexuelles avec les « cougars » (Femmes âgées en quête de chair fraiche). Des gens, écervelés, impudiques, répandent leurs affaires de ménage dans des émissions très suivies où le voyeurisme est devenu la règle. Un célèbre chef religieux s’acharne sur la famille de son défunt frère et détruit une de ses maisons. Un ministre de la république accuse sa conjointe d’adultère revenue du hajj et convole en noces avec une autre.

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Cette choquante trahison ne lui a pas porté bonheur car il a été viré du gouvernement lors du récent remaniement. Un commerçant trouve la mort dans une chambre d’hôtel après une partie de jambe en l’air avec une de ses collègues en plein ramadan. Un repris de justice, condamné pour escroquerie au visa, anime des talkshow sur une chaine de tv. Des animateurs font le tour des autorités après leur revue de presse pour des sous. Une animatrice, arnaquée par un jeune guinéen après un acte sexuel tarifé, continue de se pavaner sur les chaines de télé. Le trafic de drogue ne choque plus personne de même que la prostitution légale et clandestine. L’alcool, vendu en dosette de cent francs, tue des jeunes dans les quartiers et le fabricant est un libanais connu, ami d’enfance d’un ex Pm. De jeunes nymphes, à peine sorties de l’adolescence, sont logées dans des appartements huppés des quartiers résidentiels et payent de leur corps juvénile cette prétendue bienfaisance.

Vite délaissées, elles sombrent irrémédiablement dans la prostitution bas de gamme.

Des lycéennes louent des appartements afin de s’y adonner au plus vieux du monde. Les malversations et autres détournements ne choquent plus personne. Des maires bradent les terres de leurs administrés. Des avocats détournent l’argent de leurs clients particulièrement dans les affaires d’accidents de la route. Des « serigne daara » violent parfois impunément garçonnets et fillettes.

Des vendeurs de portables vous cédent comme disent les jeunes des « Fals » à la place des originaux et nous en avons été victime mais nous ne sommes pas laissés faire car un arnaqueur sensé ne doit pas avoir pignon sur rue e. Des bijoutiers, des quasi receleurs, achètent à vil prix des bijoux volés par des jeunes à leurs parents sous l’emprise de la cocaïne. Les parkings des vendeurs de véhicules regorgent de voitures dérobées en Europe. Des gens vendent des terrains à plusieurs clients ayant épargné toute leur vie et ne se font jamais condamner. De jeunes femmes, sans compétence aucune, ni activités professionnelles, roulent en voitures de luxe dans les rues de notre capitale. Des transitaires introduisent de faux numéros dans le système informatique de notre douane et trafiquent les données afin de ne pas payer les droits afférents aux dédouanements.

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Des chefs d’agence bancaire se font alpagués par la Dic après avoir payé de faux virements provenant d’un pays de la sous-région. Des étudiants s’introduisent dans le système informatique des banques et volent des centaines de millions. Les agresseurs sèment la terreur dans nos rues. Sans honte, les politiciens envahissent les prairies toujours vertes de la transhumance. Ainsi, l’honnêteté, le désintéressement, la pudeur, la morale, le travail sérieux, la patience, le patriotisme, et le civisme, ont déserté notre pays qui semble maintenant appartenir aux communicateurs traditionnels (griots) qui nous pompent l’air sur toutes les ondes. Adeptes de la facilité, ils chantent les louanges de leurs « geers » contre espèces sonnantes et trébuchantes. Les séries télé font l’apologie du luxe, de la trahison, de l’infidélité, de l’arnaque, de l’argent facile et de pratiques mafieuses (Wiri Wiri, dinama nekh, La maitresse d’un homme marié, Idoles …etc).

Pauvre comme job dix ans avant, un célèbre griot pulaar s’est payé une villa de plus d’un demi-milliard dans un quartier huppé de Dakar. Ministres et autres prétendants à des strapontins de direction de sociétés nationales font la queue à son portail jusqu’à deux du matin pour une intervention à leur faveur dans cette période d’incertitudes. Quelle Honte. Les paroles de beaucoup de chanteurs sont vides de sens en dehors d’un ou deux paroliers.

Que faire face à ce désert moral ? Il est urgent de réarmer moralement les citoyens quitte à ce que l’autorité suprême sévisse durement contre tous les déviants de toute nature.La lutte contre l’encombrement prôné par le chef de l’état est un bon début. C’est à ce prix seulement qu’on peut rêver d’une réelle émergence et non trompeuse.

E. Momar WADE
Journaliste