LIMAMETTI.COM – La saison 2 de ‘’Maitresse d’un homme marié’’ a pris fin lundi, à la grande surprise de son public. Toutefois, certaines réalités de terrain ont pesé sur la balance.

Les rideaux sont tombés, les lumières éteintes. La série culte sénégalaise, africaine fait une pause difficilement acceptée par ses fidèles téléspectateurs. Déjà, l’annonce, la semaine dernière, d’une fin de saison a suscité colère chez certains, tristesse chez d’autres. Un goût d’inachevé chez cette catégorie de personnes qui a fini de complètement l’intégrer dans son quotidien. Ce n’est pas Fatima Hann qui dira le contraire.

La jeune étudiante en 5e année de médecine, fraichement mariée, ne s’en remet pas. ‘’Je comptais les jours entre le lundi et le vendredi, tellement j’avais hâte de suivre le prochain épisode. Au début, je croyais que c’était juste une rumeur cette fin de saison, mais non. Ça été brusque, il y a beaucoup de suspense et en fait, ‘MHM’ fait partie de nous (rires)’’, confie-t-elle sur un ton à la fois chaleureux et triste. Fatima est de ceux-là qui, après un bon bain le soir, se plonge dans l’univers de ‘’Maitresse d’un homme marié’’ sur Youtube, allongé, écouteurs dans les oreilles. ‘’Cette série va beaucoup me manquer’’ murmure-t-elle.

Ce que les fans de ‘’MHM’’ adulent le plus, c’est le fait que tout le monde se retrouve dans cette série. En d’autres termes, chacun ou chacune arrive à s’identifier à un personnage. ‘’J’avoue qu’au début, lors de la première saison, j’avais beaucoup d’appréhensions. Je me disais que ‘MHM’ a copié sur les comportements européens, quand j’ai vu le jeu de Marème. Mais après cinq épisodes, mon regard a complètement changé. La série révèle au grand jour notre quotidien, tout ce dont on a peur en tant que femme. Tout ce qu’on ne dit pas. En tout cas, vivement la troisième saison’’, souhaite pour sa part Dieynaba Sarr, la trentaine, exerçant dans une agence immobilière de la place. Ayant opté pour le port du voile, elle a ‘’adoré’’ l’entrée d’Anthia (également voilée) l’amie de Dalanda, dans la deuxième saison.

A côté des femmes accros à la série, il y a des hommes qui ne ratent aucun épisode. Pour certains, ‘’MHM’’ les aide à comprendre les femmes. Pour d’autres, la beauté des actrices attirent et imposent le respect. De l’avis de Moustapha Guèye, Marodi et ses acteurs ont donné le meilleur d’eux-mêmes. ‘’ Ce que j’ai le plus aimé, c’est la mise en valeur de nos tenues africaines. ‘MHM’ est un mélange de tradition et de modernité si bien agencé. Je n’approuve pas tout, comme par exemple le comportement de Dalanda, mais je dois reconnaitre que l’équipe est très talentueuse’’, affirme le jeune entrepreneur. Il estime d’ailleurs qu’aucun homme ne devrait signer la monogamie pour plus de ‘’sécurité’’.

‘’Une production obéit à des normes’’

Si cette fin est mal digérée, il se trouve que la production avait établi, dès le départ, le nombre d’épisodes de la deuxième saison. ‘’Aujourd’hui, je pense que c’est Marodi qui est plus habilité à répondre à cette question de fin de saison. La pandémie n’a rien à voir avec le nombre d’épisodes de cette saison. Depuis la première saison, on savait que la saison compterait 32 épisodes. Une production obéit à des normes. Une maison de production peut décider de faire 200, 10 ou 20 épisodes.

Cela n’est pas de mon ressort. Aussi, pour passer d’un produit à un autre, il faut marquer une pause. On a fait 32 épisodes. On est arrivé à un moment où on s’arrête pour repartir de plus belle et de poser des actes qui vont nous permettre, demain, si on veut revenir, de le faire avec quelque chose de concret’’, explique la scénariste de la série, Kalista Sy.

Cette année, l’impact a été encore plus ressenti. Entre ceux qui ont dénoncé une diabolisation de la gent féminine, les scènes ‘’choquantes’’ et ces femmes qui ont vu à l’écran l’histoire de leur vie, les fans s’accordent sur le fait que ‘’MHM’’ pousse à la réflexion, parfois sans qu’on ne s’en rende pas compte. Les préjugés d’hier ont laissé place à la curiosité et ensuite à l’analyse de chaque situation. Force est de constater que le personnage de Dalanda a marqué les esprits. Elle représente la femme posée, à fort caractère, émancipée. La jeune dame ose dire ce qu’elle pense, ce qu’elle veut, mais surtout ce qu’elle ne veut pas. Et pour d’autres, celle qui fait la grosse tête. Une attitude bien rare dans les ménages sénégalais où la femme choisit souvent d’endurer et de subir pour ne pas être mal vue. Au Sénégal et même partout en Afrique, le regard de la société pèse lourd, encore plus quand on nait femme.

‘’MHM’’ a su aborder, de manière audacieuse, la condition féminine sous toutes ses facettes. Djalika, Mamy, Racky, Marème, Amsa, Lala… racontent chacune une histoire particulière. Le rapport au mariage, l’indépendance financière, le choix de vie, la famille, le travail sont autant de thèmes mis sur la table sous différents angles, pour inviter à une introspection. Autant de sujets communs aux Africains qui ont fait vibrer plusieurs pays. De la Côte d’Ivoire, du Congo, du Cameroun, du Tchad, du Niger… et bien d’autres.

Les internautes entre félicitations et tristesse

Malgré les nombreuses critiques parfois salées, de nombreux internautes arrivaient à capter le ou les messages que contient chaque épisode. Selon la réalisatrice, ‘’il y a eu plus de vues pour cette saison 2 avec au moins deux millions par épisode, alors qu’à la saison 1, on était à un million et quelques. Là, on a franchi la barre de deux millions. Donc, cela veut dire que la communauté s’est beaucoup agrandie. On a une communauté très dense qui est là’’.

De son point de vue les critiques font partie du métier. ‘’Chacun son travail. Moi, je suis dans la création et le public est dans son rôle d’aimer ou de ne pas aimer un produit. Il ne faut pas refuser qu’on vous critique’’, ajoute-t-elle.

Dans le dernier épisode de la saison 2, publié lundi dernier, les commentaires continuent de pleuvoir. ‘’Sincèrement, c’est la meilleure série africaine que j’ai regardée depuis que je suis née. Même si c’est en wolof, on va tous apprendre’’, écrit Omayorah Baya Nour. ‘’En tout cas, je m’incline, chers frères et sœurs sénégalais. C’est l’Afrique qui gagne. Recevez les bravos de la RDC. J’attends impatiemment la saison 3. Félicitations à vous les acteurs. Et à la chaine de diffusion, vous faites un bon et grand boulot. Vraiment chapeau’’, applaudit Grâce Kayembe. ‘’Waouuh ! Vous avez tapé fort Marodi ! Je suis impatiente pour la saison 3’’, félicite Anta Guèye. ‘’L’instrumental me donne toujours autant de frissons. Je suis secouée par les rebondissements. Que de grands acteurs ! Et une grosse pensée à toute l’équipe derrière, invisible, mais indispensable. Vivement la saison 3 !’’, s’impatiente Célestin Kouao.

Mais tous les commentaires ne sont pas positifs. ‘’Franchement, c’est n’importe quoi la fin. Les scénarios sont pires’’, se désole Béber Daurado.

‘’On avait des doutes, des peurs’’

Pourtant, les choses n’ont pas du tout été faciles derrière la caméra. ‘’Au début de la pandémie, on avait des doutes, des peurs. On se demandait si ce projet qui venait de démarrer allait se terminer et on a réfléchi, vu qu’il y avait un couvre-feu à respecter. On a déployé une stratégie pour pouvoir continuer le travail en respectant bien sûr les mesures de protection avec des masques qui étaient disponibles pour l’équipe technique, pour les acteurs. Un thermo-flash pour mesurer la température, des gels. A chaque fois qu’on tournait dans un endroit où il y avait de l’eau, on demandait aux gens de privilégier le lavage des mains. Tout ceci nous a permis de pouvoir continuer le travail.

La difficulté, c’était au niveau du décor où on avait des limites. On ne pouvait pas tourner en extérieur. On ne pouvait pas tourner la nuit. Il fallait forcément finir avant le couvre-feu et que tout le monde soit chez lui. On s’est déployé, on a réduit nos équipes, mais on a continué le travail et ça été une très belle leçon de vie qui nous appris à revoir notre manière de travailler, à aller droit au but et d’être encore plus inventif et de donner à chaque fois du contenu aux Sénégalais et à toutes les personnes à travers le monde qui étaient confinés’’, confie Kalista.