Une série de tournées économiques dans les principales régions du Sénégal dans le cadre du suivi des politiques publiques de l’Etat, aux entournures de toute grande consultation électorale : voilà la stratégie gagnante que le Président Macky Sall a toujours déclinée face à son opposition, depuis son accession à la magistrature suprême.

Moins de six mois avant les élections locales du 23 janvier prochain, jugées cruciales pour les Législatives devant suivre en 2022, le chef de la majorité présidentielle remet le couvert, en bon récidiviste. L’exercice républicain dit tournée économique du chef de l’Etat le conduit cette fois et dès demain, à Kaffrine et Kédougou. Histoire d’inaugurer ou lancer certaines infrastructures publiques, mais aussi de mobiliser les troupes et de se redonner du crédit après le camouflet des émeutes de mars. Reste maintenant à savoir si l’opposition, longtemps débordée aux différents scrutins par la plus-value électoraliste de ces tournées économiques, mais aujourd’hui ragaillardie par les derniers évènements, saura cette fois en parer le contrecoup.

Que l’opposition se le tienne pour acquis ! Le chef de l’Etat Macky Sall, patron de la majorité présidentielle, va reprendre dès demain, samedi 29 mai, son bâton de pèlerin pour sacrifier à l’exercice républicain de suivi des politiques publiques de l’Etat, mais également de remobilisation de ses troupes avant toutes les grandes échéances électorales au Sénégal. Un exercice tout normé dans le cadre de tournées économiques effectuées aux encablures des scrutins qui se sont déroulés au Sénégal depuis son arrivée à l’avenue Léopold Sédar Senghor (ex-avenue Roume), mais qui s’est toujours révélé fatal pour ses opposants, tant la plus-value électoraliste a été déterminante. Cette fois, le chef de l’Etat et patron du camp au pouvoir se rend respectivement dans les régions de Kaffrine et Kédougou, du 29 mai au 1er juin 2021 avec 1600 km à parcourir à bâtons rompus, en 81 heures, pour rallier une demi-douzaine de localités.

D’ailleurs, Macky Sall l’a confirmé avant-hier, mercredi, en réunion du Conseil des ministres qu’il présidait après son retour de Paris où il a participé, le 18 mai 2021, au Sommet sur le financement des économies africaines. Abordant en effet la question de la tournée économique qu’il effectue du 29 mai au 1er juin 2021, dans les régions de Kaffrine et Kédougou, le président de la République a expliqué qu’il allait inaugurer et lancer les travaux d’infrastructures publiques majeures, en rappelant « l’importance primordiale qu’il accorde à l’aménagement et au développement durable de nos territoires ». Et ce n’est pas tout, d’après certaines indiscrétions, le chef de l’Etat va marquer une pause avant de se rendre dans la région de Matam le 15 juin puis en Casamance.

UNE STRATEGIE JUSQU’A PRESENT GAGNANTE

Moins de six mois donc avant les élections locales fixées par décret présidentiel au 23 janvier 2022, après quatre reports pour un scrutin initialement prévu le 1er décembre 2019, Macky Sall va de fait profiter de cet exercice républicain dite tournée économique pour tâter le pouls de la population, remobiliser ses troupes, fortifier ses partisans de la majorité présidentielle et rabibocher certaines positions conflictuelles en interne. Cette stratégie menée à la veille de tout scrutin majeur s’est toujours révélée payante et a permis à Macky Sall de se payer la tête de l’opposition durant le septennat.
Tant le gain électoraliste de ces tournées économiques a été pérenne, des Locales de 2014 à la Présidentielle de 2019, en passant par les Législatives de 2017 et autres consultations référendaire ou territoriale.

Ce qui a d’ailleurs poussé l’opposition comme certains esprits avertis à toujours qualifier ces tournées économiques à forte mobilisation populaire de précampagne électorale déguisée. Dans la perspective d’élections locales vues par beaucoup d’observateurs comme des primaires pour les Législatives devant suivre en 2022 et même un test grandeur nature pour la présidentielle de 2024, le chef de la majorité présidentielle n’entend pas déroger à sa tactique gagnante. Qui plus est, après les dernières manifestations qui ont sérieusement entaché son crédit et/ou sa popularité, Macky Sall a besoin d’inverser la tendance et de redorer son blason terni par la «révolte» d’une jeunesse en mal de perspectives, du fait pratiquement de toute une décennie d’échec des politiques étatiques d’insertion et d’emploi.

Retrouver du crédit politique après les émeutes de mars et encore de la plus-value électorale en perspective des Locales de 2022, voilà l’objectif sous-jacent du chef de la majorité présidentielle, via la tournée économique qu’il entame dès demain, samedi 29 mars. Et pour commencer sous de bons auspices, Macky Sall va faire en premier, selon certaines indiscrétions, son bain de foule à Fatick, son éternel fief. Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on.

REGAIN D’OPPOSITION VERS UNE TOURNEE ECONOMIQUE

A ce jeu, l’opposition qui a toujours subi les contrecoups de ces tournées économiques ou pré-campagne déguisée, à la veille des scrutins, semble mise au défi. Saura-t-elle tirer tous les atouts de son regain et/ou renaissance après les émeutes de mars dernier et la mauvaise passe du camp au pouvoir, pour poser des actes significatifs de réoccupation du terrain politique, lesquels se feraient en contrepoids au déploiement programmé du «Macky» dans les régions sus visées. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le branle-bas de combat est donné dans beaucoup d’états-majors politiques pour essayer de contrer l’entrée en selle du chef de l’Etat et de son camp en route vers la conquête de plus de 550 collectivités locales du pays, aux prochaines Locales. Ousmane Sonko et le M2D ne s’y ont pas trompés, eux qui ont profité il y a une dizaine de jours de visites effectuées auprès de familles de victimes des derniers évènements pour sillonner le Sud du pays et appeler à la mobilisation générale. Le Parti démocratique sénégalais (Pds, seul parti de l’opposition détenteur d’un groupe parlementaire) s’incruste dans la même dynamique en boostant au plan national sa stratégie de vente des cartes et consécutive. La nécessité pour l’opposition de marquer à la culotte le camp au pouvoir et son chef, Macky Sall, ne semble pas aussi échapper au Grand Parti de Malick Gakou qui annonce une tournée nationale.

Dans la foulée de la tournée économique du chef de l’Etat ! Ces divers soubresauts de l’opposition permettront-ils d’atténuer l’entrée en pré-campagne électorale du maître du jeu, voire de comprimer la plus-value électorale qui suit les tournées économiques et/ou électoralistes du chef de l’Etat, voilà la grande question à laquelle répondront certainement les prochaines Locales.

Moctar DIENG